vendredi 18 mars 2011

Comme les wagons à la locomotive

Voici un texte réalisé à partir d'une proposition d'Anne Cortey lors de l'atelier d'écriture auquel je participe à Arles.

 

Consignes : 3 scènes pour raconter une rencontre. Entre chaque scène, une ellipse. Chercher une écriture ramassée.

 

Premières lignes :

Scène 1

Déteste les bousculades absurdes dans le métro. D’habitude y prends part. Aujourd’hui observe la masse grouillante de loin. Opère un solo tranquille au milieu de la chorégraphie frénétique et empressée des autres. Pas les mêmes trajectoires. Me retrouve sur un banc. Quai du A. RER. Près de la poubelle. La dernière qui a résisté au plan Vigipirate.

Me regardent. Se demandent si on m’a posé un lapin. Faux. Peux juste pas décoller. Sais pas pourquoi. Peuvent pas comprendre. Pour eux le métro est un lieu de passage, on entre on se barre. 18h17. 18h22. 18h27. 18h46. Attends toujours mais sais pas quoi. Peut-être un signe. Voudrais qu’aujourd’hui soit différent, que le métro soit lieu de repos, que mon solo m’amène ailleurs qu’à la poubelle.

Pas de signe. Suis différente et le reste inchangé. M’ennuie. Veux partir. Marre de voir les trains défiler. Marre de la foule qui trépigne et s’énerve et entre et sort et court de tout côté. Bruit de freins aigus. Portes qui s’ouvrent portes qui se ferment. Asphyxie temporaire dans les peaux gluantes. Prochain arrêt, personne ne descend ! Le train s’amuse à saute-mouton avec les stations. Enfin le terminus. Des corps dégueulés sur le quai par le goulot des portes. Reste en arrière reste en retrait. Pas envie de sortir. Veux profiter de la rame vide, du courant d’air qui lutte avec la moiteur. Un dernier passager me bouscule. 19h36. Entends un gros « plac ». Personne d’autre pour l’entendre.

Te vois. Lamentablement tombé par terre. L’air d’un chien battu qu’on aurait abandonné : misérable. Hésite à m’approcher : ça sent le piège dont on ne se dépêtre jamais. Un contrôleur fâché traverse la rame. Te piétine sans égard. Pitoyable. Es tout sale. Donnes pas très envie qu’on t’aide. Es jaune ou maronnasse, as l’air malade. Es fripé comme un vieillard. Comme lui, usé. Désabusé.

Puis me vois. Prends l’air de t’en foutre. M’intéresse. Te ramasse en cachant mon dégoût. Te regarde à peine.  Ne nous parlons pas. Sortons du RER A et filons droit jusqu’à chez moi.

Posté par Majunon à 13:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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